Entrée des troupes japonaises, en août 1937, dans la ville chinoise de Pékin. Deux ans avant Hitler en Europe, la politique expansionniste du Japon a déjà plongé l’Asie dans la guerre.

En dépit des vaillants combats menés par nos forces militaires et navales, de la diligence et de l’assiduité de nos serviteurs et dévouement de nos cent millions de sujets – la guerre a suivi son cours, mais pas nécessairement à l’avantage du Japon(…) Si nous continuions à combattre, cela entraînerait non seulement l’effondrement et l’anéantissement de la nation japonaise, mais encore l’extinction complète de la civilisation humaine. Extrait de l’allocution de l’Empereur Hirohito le 15 aout 1945.

Chaque année on commémore le souvenir de la destruction des villes japonaises d’Hiroshima et de Nagasaki par le feu nucléaire qui a fait basculé l’Humanité dans une autre ère. Le 15 août 1945, le Japon accepte de capituler sans condition. Pour la plupart des commentateurs, c’est l’utilisation des deux bombes atomiques, le 6 août puis le 9 août 1945, qui a entrainé la capitulation du Japon et la fin de la Seconde Guerre Mondiale. La réalité est bien plus complexe et le long processus qui allait mener à la capitulation commence deux semaines plus tôt. Alors que l’Europe fête le retour de la paix, la guerre fait toujours rage en Asie.

Le 26 juillet 1945, Staline, Truman et Churchill sont réunis à Postdam en Allemagne pour discuter de l’avenir de l’Europe mais aussi de la poursuite de la guerre dans le Pacifique. Les trois alliés adressent alors un ultimatum au Japon. L’Empire du Japon doit capituler sans condition, ses possessions en Chine et en Corée lui seront retirées et les dirigeants soupçonnés de crimes de guerre seront jugés. Autrement, il s’expose à une « destruction rapide et totale« . Les diplomates japonais et le Ministre des Affaires Étrangères Togo comprennent, la mort dans l’âme, que leur pays doit accepter les termes d’une reddition.

Car en cette année 1945, le Japon est dans une situation catastrophique. L’aviation et la marine sont exsangues. Suite aux batailles de Midway (juin 1942), des îles Mariannes (juin 1944) puis de Leyte (octobre 1944), la flotte et l’aéronavale japonaise ont été décimées et tactiquement surpassées. Or sans avion ni navire le Japon n’est pas en état de ralentir l’avance d’une armée américaine désormais bien équipée et expérimentée qui, progressant d’île en île, se rapproche de l’archipel japonais. Les dernières défaites rendent inéluctables une prochaine invasion du Japon. Plus grave, les convois japonais sont systématiquement harcelés et les sous-marins et les avions américains ne cesse de couler des cargos et des pétroliers que les chantiers navals japonais ne sont pas en état de compenser. Les lignes maritimes sont dès lors coupées entrainant de graves pénuries pour la population, affaiblissant l’industrie, et privant l’armée d’un pétrole stratégique. D’autre part, depuis 1943, les villes japonaises sont quotidiennement la cible des bombardiers américains sans que le DCA et l’aviation japonaise ne puissent s’y opposer. En mars 1945, environ 300 B-29 larguèrent  près de 2 000 tonnes de bombes, pour la plupart, incendiaires sur Tokyo. Un grand nombre d’habitations étant construits en bois, la cité fut ravagée par le feu et on dénombra près de 100 000 victimes.
Mais les diplomates ne se font guère d’illusion, l’Armée n’acceptera jamais une reddition jugée « déshonorante » or depuis des années c’est l’Armée qui dirige, de fait, le pays.

L’incident de Moudken et la guerre sino-japonaise (1937-1945):

Extrait du « Le Lotus Bleu » publié en 1936. Tintin vient de surprendre le méchant Mitsuhirato, avec un groupe de japonais, en train de faire sauter une voie de chemins de fer. Hergé s’inspire des événements en Chine pour construire l’intrigue de cette aventure de Tintin.

Carte montrant les territoires contrôlés par le Japon et la ligne de front pendant les guerres entre le Japon et la Chine (septembre 1931 – février 1932) et (1937-1945). Le Mandchoukouo est représenté en orange.

Pour comprendre il faut faire un petit retour en arrière. En 1931, un sabotage est commis contre la voie de chemin de fer de Moukden, appartenant à une société japonaise, dans le sud de la Mandchourie. La Mandchourie est une région du  nord de la Chine alors partiellement occupée par l’Armée japonaise dite du Guandong. Les militaires japonais stationnés dans cette zone accusent alors les Chinois de terrorisme et utilisent ce prétexte pour annexer, sans l’autorisation de leur gouvernement, la totalité de la Mandchourie puis à partir de 1937  d’entamer une conquête progressive de la Chine. Pour faciliter l’occupation du nord-est de la Chine, les Japonais créent l’état fantoche du Mandchoukouo théoriquement dirigé par Puyi, dernier descendant de la dynastie des empereurs chinois Qing. La réalité du pouvoir demeurant entre les mains de l’armée japonaise. Entre aout 1937, un corps expéditionnaire japonais débarque pour s’emparer de la ville stratégique et internationale de Shanghai. Il lui faut cependant livrer de durs combats de rue pendant trois mois pour s’emparer de la ville au prix de dizaines de milliers de morts dans les deux camps.   Suite à la chute de Shanghai, l’armée chinoise perd l’élite de son armée, doit reculer sur des centaines de kilomètres et abandonner la capitale de Nankin. L’armée japonaise surprise par la combativité chinoise se venge en commettant viols et massacres de civils : la tragédie du « viol de Nankin » [I]Nankin 1937 : De décembre 1937 à février 1938, la ville chinoise est livrée au pillage et à la violence des soldats japonais qui se déchaînent contre les civils et leurs prisonniers. Des soldats chinois sont sommairement exécutés et dans certains cas décapités. Pendant ces deux mois, vols, incendies et viols sont quotidiens avant que lentement les officiers ne fassent cesser ces violences. Le nombre de victimes de ces crimes est inconnu : en 1946 le tribunal international pour l’Extrême Orient estimera que 200 000 personnes furent victimes de ces événements est l’un des pires crimes commis par l’armée japonaise.  1937, marque ainsi le démarrage de la Seconde Guerre Mondiale en Asie.

Défilé de l’armée japonaise dans les années 1930.

Le gouvernement civil japonais ainsi qu’une partie de l’État-major impérial ont dû s’incliner et couvrir l’initiative des officiers de l’armée  du Guandong en Mandchourie. Il a même fallu envoyer en catastrophe des renforts pour éviter que la bataille de Shanghai ne tourne en désastre. Depuis des années, les diverses factions existantes au sein de l’Armée et du pouvoir impérial s’affrontent violemment pour le contrôle du pouvoir et de la stratégie impériale. A deux reprises (en 1932 et en 1936), des putschs menés par des officiers pour renverser le pouvoir civil échouent dans le sang : plusieurs ministres et hommes politiques sont alors assassinés. Ces diverses crises aboutissent à un glissement progressif du Japon vers une dictature militaire et nationaliste et dès 1936 à son rapprochement avec l’Allemagne nazie et l’Italie fasciste.

Disposant de relais dans le milieu de l’industrie et parmi la classe politique, les généraux de l’Armée vont imposer leur politique et entreprendre de « militariser » la société japonaise. Les militaires ressuscitent ainsi le code du bushido y mêlant héritage Samouraï, nationalisme, glorification de l’honneur du combattant et surtout fanatisme. L’empereur Hiro-Hito, presque divinisé par les japonais,  ne garde qu’une fonction symbolique. Extrêmement dépendant des importations de matières premières, le Japon a subi de plein fouet la Crise de 1929. Pour l’Armée, une politique d’expansion territoriale permettra au Japon d’accéder aux ressources naturelles stratégiques (pétrole, charbon, fer, caoutchouc…). Jusqu’en 1939, l’Armée adopte une stratégie d’expansion en Chine et le Nord de la Mandchourie avant de réorienter sa stratégie vers l’Asie du Sud d’Est.[II]En juillet 1939, suite à une série d’escarmouches, l’armée japonaise du Guandong avait tenté d’envahir le nord de la Mongolie, alors protectorat soviétique. Les forces soviétiques commandées par le général Joukov repoussent l’armée nipponne lors de la bataille de Khalkhin Gol. Cette bataille met en évidence les faiblesses de l’armée nipponnes : peu d’artillerie et de chars modernes, rigidité du commandement et confiance excessive dans le combat d’infanterie. Un cessez-le-feu est conclu en septembre 1939 puis un accord de non-agression est signé en avril 1941 permettant à l’Union Soviétique de soulager le Front d’Extrême Orient et de renforcer ses troupes en Europe tandis que l’Empire du Japon réoriente sa stratégie vers une conquête du Pacifique. et profiter de l’affaiblissement des puissances européennes. Fuite en avant, folie même, car les dirigeants japonais ne considèrent pas les Etats-Unis comme une menace et méprisent complétement les Américains jugés décadents et faibles. Ils pensent qu’une attaque surprise (Pearl Harbor le 7 décembre 1941) suivie d’une large offensive permettra en quelques mois de forcer les  États-Unis à accepter la mainmise japonaise sur le Pacifique.  Ils ne s’aperçoivent pas non plus que l’industrie américaine surpasse très largement celle du Japon qui n’est pas suffisamment solide (notamment à cause d’une faible logistique et de lignes de communications exposées aux attaques des sous-marins) pour supporter une guerre longue.

Fin 1942, les batailles de Midway et de Guadalcanal marquent la fin de l’expansion japonaise dans le Pacifique, et l’initiative stratégique passe dans le camp Allié. L’industrie japonaise se montre incapable de produire la masse d’avions, de navires et d’armes nécessaires pour mener une guerre longue face à la première puissance économique que sont les Etats-Unis. Les batailles successives font subir à l’armée japonaise des pertes importantes qu’elle ne parvient à combler qu’en rognant sur les temps d’entrainement. Ainsi l’élite des pilotes d’avions formée avant guerre disparaît dans les batailles de 1942 et 1943 et ne peut être remplacée. Les nouveaux pilotes sont inexpérimentés, du fait des pénuries d’essence les temps de vol des élèves sont toujours davantage réduits et survivent rarement à leur premier combat aérien[III] Pour ne rien arranger, ils volent toujours sur le fameux Mitsubishi Zero certes exceptionnel en 1941 mais devenu depuis obsolète face aux modèles américains. Lors de la bataille des îles Mariannes en juin 1944, près de 400 avions japonais sont abattus, avec une telle facilité que les américains parleront de cet épisode comme du « tir aux pigeons des Mariannes ».  En octobre, la marine japonaise subie à Leyte une lourde défaite contre l’US Navy et ne peut empêcher les américains de débarquer dans les Philippines. Face à l’écrasante supériorité matérielle des Etats-Unis, les amiraux et généraux japonais décident alors de former un corps de pilotes suicidaires : les kamikaze[IV] Signifie « Vent divin » en japonais en référence à la tempête de 1274 qui avait sauvé le Japon d’une invasion mongole. Cette tactique désespérée est adoptée par l’Armée fin 1944. On a recours à des torpilles humaines, des bombes volantes (type V1) pilotées, des hommes équipés d’une mine devant se jeter sur les chars et bien sûr des avions chargés de s’écraser sur une cible. Bien que certains résultats soient impressionnants, la plupart des pilotes sont trop jeunes, trop inexpérimentés, ne parviennent pas à se repérer en vol, s’écrasent accidentellement ou sont abattus par la DCA. A vrai dire, cette tactique n’aboutit qu’au sacrifice inutile de jeunes recrus par l’État-major impérial. Puisque les pilotes sont trop inexpérimentés pour des attaques « conventionnelles », leurs officiers recommandent de leur permettre de s’écraser sur les navires américains.

Juillet 1945, capitulation ou résistance à outrance ?

Soldats américains s’abritant dans une tranchée durant la bataille de Iwo Jima. Après de durs combats, l’armée américains parvient à s’emparer de l’île le 9 mars 1945.

Le 27 juillet 1945, le Conseil de Défense, présidé par le vieil amiral Suzuki, est réuni pour discuter de la réponse à donner à l’ultimatum. Le général Anami, Ministre de la Guerre, et également représentant des intérêts de l’Armée,  dénonce le défaitisme ambiant et refuse toute idée de capitulation. Il proclame que si le Japon a subi des défaites, il n’est pas vaincu puisque son territoire national n’est pas envahi par l’ennemi. Un grand nombre d’usines ayant été évacuées en Corée et en Mandchourie, hors de portée des bombardiers américains, Anami reste confiant sur la production d’armement et affirme pouvoir encore mobiliser un million d’hommes supplémentaires pour défendre l’île. Les chefs de la Marine le soutiennent : combattre jusqu’au bout et forcer les Américains à accepter une paix négociée favorable au Japon. Face à eux, le Ministre des Affaires Étrangères argumente que poursuivre la guerre alors que les villes sont en ruine, que les pertes humaines deviennent insupportables  et que rien indique que l’Armée soit en état de contenir la progressions des Américains est suicidaire. De plus la perte récente des îles d’Okinawa et d’Iwo Jima, permet aux américains d’intensifier les bombardements aériens contre les villes japonaises.

Conférence de Postdam : Les Alliés exigent la capitulation sans condition

 

En juillet 1945, les dirigeants des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne et de l’Union Soviétique se réunissent à Postdam, pour négocier de la situation de l’Europe de l’après guerre mais aussi des actions à mener contre le Japon.  Staline réitère ainsi au président Truman sa promesse d’entrer en guerre contre le Japon tandis que le président américain dévoile au dirigeant soviétique que les Etats-Unis sont parvenus à mettre au point une arme atomique.  Au terme de la conférence de Postdam, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis affirment que le Japon doit évacuer l’ensemble des territoires occupés en Chine et en Asie du Sud-Est et proclament dans une déclaration officielle :

«Nous appelons le gouvernement du Japon à prononcer aujourd’hui la capitulation sans conditions de toutes les forces armées japonaises. […] Sinon, le Japon subira une destruction rapide et totale.

A Tokyo, le Conseil est extrêmement divisé et aucune décision n’est prise. Avant de se séparer, les membres choisissent de ne pas répondre à l’ultimatum des puissances Alliées. Ni rejet ni acceptation donc des conclusions  de Potsdam. Les Japonais pensent ainsi se garder une option pour négocier. De plus, il est décidé que Togo demandera à l’URSS d’intervenir comme médiateur afin de faciliter les négociations. En juillet 1945, l’Union Soviétique n’est, en effet, pas en guerre contre le Japon.

Les Japonais ignorent cependant plusieurs faits cruciaux. Premièrement, Staline a réaffirmé au Président Truman, lors de la conférence de Potsdam, sa promesse faite à Roosevelt à Yalta :  l’Union Soviétique entrera en guerre contre le Japon trois mois après la capitulation de l’Allemagne. D’autre part, les États-Unis ont réalisé le 16 juillet, dans le désert du Nouveau-Mexique, un essai réussi de leur première bombe atomique (« Trinity »).

Durant la conférence de presse suivant la réunion du Conseil, Suzuki commet une grave erreur. Répondant à une question d’un journaliste sur la position du gouvernement japonais vis à vis du communiqué des Alliés à Potsdam, il utilise l’expression « mokusatsu » pouvant se traduire par « ignorer » ou bien « tuer par le silence ». Selon l’interprétation on peut donc penser que le Japon a décidé de répondre par le mépris à l’ultimatum. En tout cas c’est la conclusion que tire les Américains.

Faut il recourir à l’arme atomique contre le Japon ?

A Washington, Harry Truman n’est Président que depuis la mort de Roosevelt en avril 1945. Bien que vice-président des États-Unis depuis 1944, il ignorait jusqu’alors l’existence même du projet Manhattan et se retrouve devant le pire dilemme que peut connaitre un dirigeant politique : faut il utiliser l’arme la plus dévastatrice jamais conçue par l’Homme dans l’espoir de hâter la fin de la guerre ? 

Plusieurs faits vont venir influencer sa décision finale.

Quelques semaines auparavant, les Américains ont débarqué à Iwo Jima  (février 1945) puis à Okinawa (avril 1945) deux îles situés à quelques centaines de kilomètres du Japon. Pour s’emparer, après un mois de combat, d’Iwo Jima, un simple îlot de 21 km2, l’US Army perd près de 20 000 hommes (tués et blessés) et la quasi-totalité de la garnison japonaise (environ 20 000 soldats) combat jusqu’à la mort. Les combats et les attaques kamikazes sur Okinawa ne prennent fin qu’en juin 1945, deux mois après le débarquement avec 15 000 morts et 60 000 blessés dans les rangs américains. Les pertes japonaises tant civiles que militaires, elles, se comptent par dizaines de milliers; de nombreux japonais endoctrinés par la propagande préférant le suicide à une éventuelle capture. Les stratèges américains calculent que pour conquérir les îles de l’archipel japonais,  les pertes américains se chiffreraient à environ 100 000 hommes et au moins 1 million de Japonais pourraient mourir dans les combats et les bombardements. Pour les experts, l’organisation d’une invasion navale du Japon repousserait  l’échéance de la guerre au moins jusqu’en 1946.

Les militaires américains entendent aussi se venger de Pearl Harbor et aussi des souffrances endurés par les civils et les soldats américains aux Philippines dans les camps japonais. Les tactiques de l’armée japonaise (cadavres piégés, soldats feignant de se rendre avant de lancer une grenade, attaques d’avions suicides…) ainsi que ses exactions ont convaincu, à tort, les dirigeants américains du fanatisme et du jusqu’au boutisme des japonais. Beaucoup de soldats ont développé des sentiments de haine et de racisme à l’encontre des japonais (les Japs, les Jaunes) et n’hésitent pas, par peur de tomber dans un piège,  à achever les blessés ou à tuer ceux qui se rendent.

Le 11 mai 1945, pendant l’attaque contre Okinawa, le porte-avions USS Bunker Hill est victime d’une attaque suicide d’un bombardier japonais. L’incendie attisé par l’essence des avions et les explosions des munitions causent la mort de 400 marins (300 autres sont blessés). Le navire est hors d’état de combattre pour le restant de la guerre.

Truman sait aussi que le peuple américain est las de cette guerre lointaine et sanglante dans le Pacifique mais un autre sujet inquiète le Président américains. Bientôt l’Union Soviétique entrera en guerre contre le Japon et tout laisse penser que Staline va alors chercher à étendre la sphère d’influence soviétique sur la Chine, la Corée voire sur une partie du Japon. Des milliards de dollar ont été dépensés dans le programmes Manhattan et bombarder une ville japonaise avec une bombe atomique pourrait sans doute mettre un terme à la guerre mais aussi constituer une démonstration de force vis à vis de l’URSS.

Peu après le tir de « Trinity », le croiseur USS Indianapolis quitte le port de San Francisco avec à son bord les pièces détachées de deux bombes atomiques. Destination  l’île de Tinian qui abrite une importante base aérienne et où décollent les B-29 bombardant le Japon. Le croiseur atteint l’île le 26 juillet 1945, où l’assemblage des bombes peut commencer.

Sur la liste des cités japonaises présentée, la ville antique de Kyoto est épargnée pour des raisons historiques. Les cibles retenues seront les villes Hiroshima, Kokura, Nagasaki et l’attaque est décidée pour le 6 aout 1945.

6 aout 1945 : « Maintenant je suis la Mort, le destructeur des mondes »[V]Robert Oppenheimer, physicien nucléaire chef du programme Manhattan, cite cette phrase du Bhagavad-Gita, recueil de textes hindoues, lors de la première explosion nucléaire en juillet 1945 dans le désert du Nouveau-Mexique.

Le 6 aout, les conditions météorologiques font que la ville de Hiroshima est désignée et à 08h10, le B-29 « Enola Gay » largue la bombe A, « Little Boy« , au-dessus de la cité. Le monde vient d’entrer dans une nouvelle ère. L’explosion est équivalente à celle de 15 000 tonnes de TNT tandis que le champignon en résultant est visible sur des centaines de kilomètres. Sur le coup, 75 000 personnes sont immédiatement tuées, 50 000 autres mourront à cause des radiations dans les semaines suivantes et pendant des années des milliers d’habitants souffriront des conséquences des radiations. L’ampleur de la catastrophe tarde à parvenir aux dirigeants japonais qui restent incrédules. La propagande japonaise relativise l’attaque et affirme qu’il ne s’agissait que d’un bombardement classique dénonçant les rumeurs sur « une prétendue arme atomique américaine ».

Photo du champignon atomique après l’explosion de la bombe atomique à Hiroshima.

A Tokyo, les généraux s’obstinent et refusent de s’incliner face aux défaitistes. Les réunions du Conseil de Défense s’enchainent sans qu’aucun accord n’émerge entre les participants.

Le 9 aout 1945, deux coups de tonnerres  vont brutalement venir détériorer la situation déjà catastrophique de l’Empire du Japon. Depuis le mois de mai, les Soviétiques ont commencé à transférer vers l’Extrême Orient, par le Transsibérien, des divisions, jusqu’alors basées en Allemagne ou en Tchécoslovaquie. Les Japonais ont bien détecté une hausse de l’activité des Soviétiques à la frontière de la Mandchourie et bien que leurs forces dans cette région aient été affaiblies, afin de renforcer le front du Pacifique, les généraux de l’armée du Guandong ne s’alarment pas outre mesure. Dans ces régions isolées aux confins de l’URSS, les infrastructures sont inexistantes, les routes mauvaises et une seule voie de chemin de fer permet d’acheminer le matériel et le ravitaillement. Dans ces conditions, les  responsables japonais pensent qu’il faudra de longs mois avant que l’Armée soviétique soit en état de lancer la moindre offensive. Ils commettent là une grave erreur d’appréciation : l’Armée Rouge de 1945 n’est plus celle de 1939 mal encadrée, désordonnée et s’appuyant encore sur la cavalerie. En 1945, l’armée soviétique est sans doute au faîte de sa puissance, maîtrisant la logistique, la combat interarmées et disposant d’un matériel moderne. Sur la frontière nord de la Mandchourie, l’Armée Rouge aligne désormais près d’un million de soldats, 5 000 chars et autant d’avions commandées par le maréchal Vassilievski vétéran des combats en Prusse Orientale. Les soldats ont pour la  plupart l’expérience du combat en Allemagne, en Tchécoslovaquie et pour les anciens de Koursk ou de Stalingrad. L’offensive débute le 9 aout 1945 dans la matinée (soit trois mois jour pour jour après la capitulation allemande) sur trois fronts.

La partie sud de l’île de Sakhaline, occupée par le Japon depuis 1905, est envahie.  La frontière de la Mandchourie est franchie à l’est depuis la Mongolie Extérieure et au nord depuis la région de Vladivostok. Les défenseurs japonais sont dépassés, pris par surprise et beaucoup sont faits prisonniers sans avoir eu le temps de combattre. Lorsque les unités soviétiques rencontrent des points de résistances elles se contentent de les contourner. Encerclés, les blockhaus sont ensuite détruits par des équipes spécialisées au lance-flamme, à l’explosif ou avec des canons auto-moteurs. Le peu de chars japonais trop légers ou les équipes de kamikazes ne peuvent ralentir les T-34 ou les Sherman[VI] Programme Lend-Lease: Durant la guerre les Etats-Unis aidèrent matériellement l’Union Soviétique  : canons, avions, jeeps, camions, chars lui sont livrés par milliers ainsi que des tonnes de munitions, de vivres et d’équipements divers (bottes, conserves, pneus, essence, locomotives…). Une partie des chars Sherman fournis par les USA servent  ainsi en Extrême Orient soviétiques.  En une seule journée, l’Armée Rouge enfonce les lignes japonaises sur 30 km et progresse vers le sud. Il faudra plusieurs heures pour que les généraux japonais prennent conscience de l’ampleur de la catastrophe.

Gouvernement japonais en juin 1945. Avec au centre le Premier ministre Kantaro Suzuki. Ce sont les débats entre ces hommes qui vont décider dans les dernières semaines de la guerre, l’avenir du Japon.

Le Conseil de Défense apprend en pleine réunion, l’invasion de la Mandchourie par les troupes soviétiques mais aussi le bombardement de la cité de Nagasaki victime d’une frappe nucléaire causant la mort directe de 75 000 personnes. Or sans les usines de Mandchourie et de Corée toute résistance prolongée est illusoire tandis que la possibilité d’une destruction totale devient elle bien réelle. Mais les généraux s’obstinent encore dans la lutte à outrance et refusent le déshonneur de la défaite. Pour débloquer la situation, Togo supplie l’empereur d’intervenir en faveur de la paix. Et événement exceptionnel, l’empereur Hirohito qui s’était toujours maintenu éloigné des affaires et ne sortait que rarement de son palais, prend part au débat et se prononce pour la reddition afin de mettre un terme aux souffrances du peuple. Cette fois par fidélité à l’empereur, le général Anami et les bellicistes acceptent la capitulation  mais, et tous les participants s’accordent sur ce point, ils conditionnent la reddition au maintien de l’empereur au pouvoir. On transmet donc cette demande aux Américains et aux Soviétiques par radio le 10 aout. La réponse américaine parvient le 12 et est ambigüe :

« le gouvernement et l’empereur japonais seront soumis au haut-commandement Allié. »

Les responsables japonais débattent à nouveau le maintien de l’empereur est il garanti ou bien celui-ci ne pourra plus régner ? Les heures passent, la menace d’une troisième bombe atomique grandit, les B-29 continuent de matraquer les villes japonaises tandis que les Soviétiques continuent leur avance en Mandchourie et en Corée. Finalement le 13 aout, l’Empereur Hiro-Hito intervient à nouveau :

J’ai écouté attentivement chacun des arguments présentés en opposition à l’idée que le Japon devrait accepter la réponse des Alliés en l’état et sans autre précision ou modification, mais mon propre point de vue n’a pas changé.

Alors, le Conseil se range à l’unanimité derrière la décision de l’empereur et transmet aux Alliés l’acceptation, sans réserve, de leurs conditions. La nouvelle parvient à Washington le 14 aout à 02h49 du matin. Parallèlement, l’Empereur décide d’annoncer lui même la nouvelle au peuple japonais par un discours radio-diffusé. C’est une première car jusqu’à présent il était formellement interdit pour un citoyen lambda d’entendre la voix de l’empereur, personnalité divinisée et sacrée.

Le complot de la dernière chance pour poursuivre la guerre:

Dans la coulisse, de jeunes officiers s’agitent et complotent : il n’est pas question de capituler, pour eux l’Empereur a été trompé par les défaitistes qui l’ont forcé à prendre des décisions contraire à ses véritables convictions. Ces hommes, dont le beau-frère du général Anami, commandés par le major Hatanaka prennent contact avec d’autres officiers et des soldats de la Garde Impériale et ce qu’ils préparent n’est rien de moins qu’un coup d’État. Coup d’État qui doit, dans l’esprit des conjurés, libérer l’empereur et éliminer les défaitistes comme Togo puis permettre la poursuite de la guerre. Ils approchent le général Anami afin qu’il prenne la tête du complot mais celui-ci, bien que comprenant leurs motivations, refuse par fidélité à la décision de l’empereur. Ce même 14 aout à 19h, L’empereur enregistre son discours, qui doit être diffusé le lendemain. Cependant dans la soirée, un des régiments de la Garde Impériale encercle le palais tandis que des soldats  prennent positions autour de la Maison de la Radio. Les officiers cherchent en vain l’enregistrement du discours pour le détruire. Le major Hatanaka tente également de rallier le chef de la garde Impériale, le général Mori,  à la rébellion mais celui tergiverse puis finalement refuse alors il est abattu. Un officier qui tentait de s’interposer est tué au sabre par un conjuré.
Cependant, au Ministère de la Guerre, l’armée régulière ne bascule pas dans la conjuration; démotivés les officiers et les soldats ne pensent plus qu’à la fin de la guerre ou pour certains au suicide. Parallèlement, un groupe de rebelles se dirigent vers la maison du Premier Ministre Suzuki avec l’intention de le tuer mais celui-ci prévenu à temps a pu fuir; sa villa est tout de même incendiée. Mais l’Armée, sortie de sa passivité, a repris le contrôle du palais et mis un terme à la tentative de Coup d’État. Les officiers  putschistes réalisant l’échec de leur tentative choisissent pour la plupart le suicide.  Dans sa villa de campagne, le général Anami a revêtu sa tenue traditionnelle, rédigé quelques poèmes puis ayant partagé un dernier verre de saké et aidé d’un proche se fait hara-kiri (ou Seppuku) avec son sabre. Étrange mélange de traditions ancestrales et d’idéologie totalitaire.

Cet événement peut paraître anodin mais il faut se rendre compte que le sort du Japon s’est en partie joué durant ces heures cruciales. Que se serait il passé si le général Anami avait démissionné ou rejoint la rébellion comme le suppliait les officiers conjurés ? Ou si les conjurés avaient réussi à assassiner le Premier Ministre Suzuki ? Le camp de la paix au sein du gouvernement japonais en serait sorti affaibli et peut être même que le processus de capitulation aurait pu  être annulé. Il est certain que l’autorité morale de l’empereur a été décisive mais cela signifie aussi que en dépit des bombes d’Hiroshima et de Nagasaki, en dépit de l’invasion de la Mandchourie, le Japon aurait pu continuer la guerre, quelques semaines encore, avec toutes les conséquences imaginables.

Si la capitulation est officiellement annoncée le 15 aout elle ne met pas immédiatement un terme aux combats. Les lignes de communications sont dans un tel état, qu’il est difficile de joindre les centres de commandement japonais en Chine ou dans le reste du Pacifique pour leur ordonner de se rendre. Certaines unités refusent de capituler, des officiers se suicident tandis que d’autres se lancent à la tête de leurs hommes dans des charges kamikazes. Contrairement à la légende du « soldat japonais fanatique et suicidaire », on note, dans ces dernières semaines de la guerre, que lorsqu’ils ne sont pas embrigadés par leurs officiers, les soldats japonais préfèrent se rendre ou fuir plutôt que de subir une mort certaine.

Entrée de l’Armée Rouge dans la ville chinoise de Port-Arthur (Lüshunkou) le 23 aout 1945.

Les Soviétiques utilisent cette situation confuse et prétextent l’existence de poches de résistance pour poursuivre leur progression. Le 16 aout, l’Armée Rouge aidée par les maquis communistes de Mao affronte toujours l’armée du Guandong  qui finalement se rend le 20 aout tandis que des troupes soviétiques débarquent sur les îles de Kouriles au nord du Japon. Le 23 aout, les Soviétiques entrent dans la ville portuaire de Port Arthur qui est immédiatement annexée par l’URSS. Staline vient de laver l’humiliation subie par la Russie tsariste lors de la guerre russo-japonaise de 1905 à l’issue de laquelle la Russie avait du céder les îles Kouriles, la moitié sud des Sakhalines, Port Arthur et le contrôle de la Corée au Japon. Le 26 aout 1945, l’Armée Rouge entrée en Corée, parvient sur le 38e parallèle qui marque la séparation entre les futures zones d’occupation américaine et soviétique. Un débarquement est même envisagé sur l’île de Hokkaidō [VII] Le Japon est composé de quatre îles principales : Honshū (au centre), Hokkaidō (au nord), Kyūshū et Shikoku (au sud), mais sur la pression diplomatique des États-Unis, Staline renonce à ce projet de conquête.

Le 30 aout 1945, les premières troupes américains commandées par le général Mac-Arthur débarquent sans opposition dans les îles japonaises et commencent l’occupation de l’archipel. Le 2 septembre, à bord de l’USS Missouri ancré dans la baie de Tokyo,  les diplomates japonais en présence de représentants des nations Alliées signent officiellement la reddition du Japon marquant ainsi la fin de la Seconde Guerre Mondiale.

Le 2 septembre 1945, la délégation japonaise signe l’acte finale de la capitulation de l’Empire du Japon.

Conséquences :

Contrairement à ce qu’ils craignaient, l’occupation du Japon se passe sans difficulté et les troupes américaines rencontrent peu d’opposition d’une population qui aspire avant tout à se reconstruire après ce conflit meurtrier.
En Chine, les Soviétiques remettent le pouvoir, dans les zones qu’ils contrôlent, aux communistes de Mao Tse-Tung. Disposant d’une solide base arrière en Mandchourie,  recevant l’aide matérielle et des conseillers militaires de l’Union Soviétique, les maquis communistes vont rapidement prendre l’ascendant sur leurs concurrents nationalistes. Dès le mois de septembre 1945, la guerre civile reprend et ne prendra fin qu’en janvier 1950 après la prise de Pékin et la proclamation de la République Populaire de Chine dirigée par Mao. La Corée est divisée en deux zones d’occupations américaine et soviétique délimitées artificiellement le long du 38e parallèle. Cette occupation est censée être temporaire mais rapidement les deux Grands organisent, dans leur zone respective, leur propre gouvernement coréen. La Guerre de Corée a rendu la séparation entre le nord « communiste » et le sud « capitaliste » irréversible et qui perdure aujourd’hui.
Dès septembre 1945, tout est en place pour que la Guerre Froide s’installe en Asie d’autant plus que dans les colonies européennes les revendications indépendantistes grandissent.

Le 19 janvier 1946, s’ouvre à Tokyo, le tribunal militaire international pour l’Extrême Orient chargé de juger les criminels de guerre japonais. Les accusations sont extrêmement graves : réduction de populations en esclavage, meurtres de masse, maltraitances de prisonniers, préparation d’une guerre d’agression … Tous les 28 prévenus (généraux, politiques, hommes d’affaires) sont reconnus coupables : 7 sont condamnés à mort, 3 sont morts en prison durant le procès  et les autres sont condamnés à des peines de prison. Ce procès souleva de nombreuses polémiques. Sur ordre de Mac-Arthur qui voulait maintenir l’ordre public, l’Empereur Hiro-Hito ne fut ni inquiété ni jugé. Bien qu’ayant souvent émit des doutes sur la conduite de la guerre et eu un rôle positif lors de la capitulation, sa responsabilité dans les crimes de l’Armée ne peut être écartée. Tous les meurtres commis l’ont été en son nom et il n’a pu les ignorer. Il n’a jamais condamné les activités de l’Unité 731 et a même autorisé l’Armée à ne plus respecter la Convention de Genève sur les prisonniers.  Le Procureur Webb s’émouvra d’ailleurs de l’impossibilité de juger convenablement les criminels japonais en l’absence du principal responsable. Les exactions commises par l’Unité 731 ne seront jamais évoquées et ses membres pourront poursuivre tranquillement leur carrière de médecins ou de scientifiques en faisant parfois profiter de leurs « travaux » leurs collègues américains ou soviétiques.  Enfin,  faute d’informations et à cause du chaos ambiant, les responsables japonais de la politique des « Trois Touts » (tuez tout, brûlez tout, pillez tout) en Chine et des innombrables crimes commis contre la population chinoise ne seront jamais inquiétés.

Photo de l’Empereur Hiro-Hito en tenue d’officier en 1940.

Les pertes humaines du conflit mondial sur le théâtre asiatique sont effrayantes. On estime ainsi que 27 millions de personnes sont mortes entre 1937 et 1945 majoritairement victimes de l’armée japonaise aux Philippines, en Indonésie et en Chine notamment. Les pertes japonaises (civiles et militaires) sont d’environ 3 millions de morts. Les victimes occidentales (américains, britanniques, français, australiens…) ne représentent « que » 2% du total. Entre 15 et 20 millions de Chinois, principalement civils, ont perdu la vie entre 1937 et 1945 même si il est impossible, à cause de la guerre civile, et de l’absence d’informations précises sur ce qui s’est passé sur ce territoire gigantesque, d’avoir une estimation fiable. Les études actuelles (avec une meilleure connaissance des théâtres d’opérations Russes et Asiatiques) auraient tendance à relever à la hausse le bilan humain de la Seconde Guerre Mondiale soit entre 60 et 80 millions de morts dont une grande majorité de civiles.

La Mémoire de la Seconde Guerre Mondiale demeure très vive en Asie et est une source de tensions entre la Corée du Sud, la Chine, les Philippines et le Japon. Pendant de longues années, le Japon a refusé de reconnaitre l’existence de l’unité 731 ou de s’excuser officiellement pour les milliers de femmes coréennes et philippines  recrutées de force, contraintes de se prostituer comme « femmes de réconfort » pour les soldats japonais. Le révisionnisme qui cherche à minimiser les massacres commis en Chine (en niant par exemple l’existence du massacre de Nankin)  demeure encore présent au Japon. Plusieurs faits peuvent expliquer ces sentiments comme par exemple la forte influence qu’avait l’armée dans les années 30 et la subsistance d’un fort nationalisme. Avec la guerre de Corée (1950 – 1953) et le déclenchement de la Guerre Froide, les Américains ont besoin d’utiliser le Japon comme base arrière logistique (approvisionnement, réparation,  construction de matériels militaires). Afin de relancer l’économie japonaise, ils suspendent donc les poursuites judiciaires contre les politiciens, industriels ou officiers japonais compromis pendant la guerre. La confrontation avec la Chine désormais communiste permet au Japon de mettre sur le compte de la propagande chinoise toutes les accusations de crimes de guerre. Enfin le traumatisme des deux bombes nucléaires frappant Hiroshima et Nagasaki  a conféré aux Japonais un statut de « victimes » permettant d’effacer partiellement la part d’ombre du Japon et de sa politique expansionniste.
Lors des commémorations marquant le 70e anniversaire de la fin de la guerre en Asie, le Premier Ministre japonais Shinzo Abe déclare, en aout 2015, que :

Le Japon a exprimé à plusieurs reprises ses sentiments de regrets profonds et d’excuses du fond du cœur pour ses actions pendant la guerre.

La Chine et la Corée du Sud doutent cependant de la sincérité de ses excuses puisque dans le même temps Shinzo Abe n’évoque pas le fait que le Japon s’est comporté, vis à vis des ses voisins, en agresseur. Deux membres du gouvernements japonais se sont aussi rendus au sanctuaire de  Yasukuni qui honore l’âme de soldats japonais morts au combat mais aussi celles d’officiers considérés comme criminels de guerre. Ce mémorial est vu comme un lieu symbolique du nationalisme voire du révisionnisme japonais. Pour les voisins du Japon, cette visite est vécue comme une provocation. Shinzo Abe est lui même venu à Yasukuni  en 2013 ce qui alors avait fortement terni les relations entre le Japon et la Chine. Le 15 aout 2015, l’Empereur japonais Akhito exprime « ses profonds remords pour la dernière guerre » calmant ainsi la polémique.
Ce combat pour la Mémoire se double d’un accroissement des tensions en Mer de Chine avec une puissance chinoise qui s’affirme militairement en revendiquant des îlots appartenant au Japon, au Vietnam ou aux Philippines. Le Japon est aujourd’hui tenté par le réarmement et le gouvernement conservateur aimerait amender la Constitution pacifiste de 1946 qui énonce que :

Le peuple japonais renonce à jamais à la guerre en tant que droit souverain de la nation, ou à la menace, ou à l’usage de la force comme moyen de règlement des conflits internationaux.

Le 2 septembre 2015, la Chine commémore la capitulation japonaise en organisant un grand défilé militaire regroupant 12 000 soldats accompagnés par des dizaines des véhicules et des avions les plus modernes de l’Armée Populaire de Libération. Alors que la Chine traverse une crise boursière et un grave ralentissement économique, la tentation nationaliste est forte parmi les dirigeants communistes afin de détourner d’éventuelles revendications sociales de la population. Mais ces démonstrations de force, ces gesticulations militaires demeurent dangereuses et lourdes de menaces pour la stabilité de la région.

 

 

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